Cette semaine a lieu à Mountain View la conférence Google I/O, l’événement annuel réservé à la communauté des développeurs. Le Lab SQLI a été sélectionné pour y participer et vous livre ses premières impressions.

La keynote d’ouverture d’hier soir fut l’occasion pour Google d’introduire ses principales nouveautés qui seront détaillées davantage au cours des 3 journées à venir de conférences de cette Google I/O. Quand on parle des nouveautés Google, le champ est bien entendu très large, car il inclut la recherche, le mobile, ses applications ainsi que des projets hardware. Petit tour d’horizon.

Google Assistant

C’est sans doute l’annonce phare de cette keynote. Nous vous parlons depuis quelques temps déjà de l’invasion de l’intelligence artificielle au service des bots et autres assistants personnels. Google avance ses pions avec le lancement de Google Assistant.

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Google Assistant est, à la manière d’un Siri ou d’un Alexa, un assistant virtuel qui répond à des commandes vocales. Là ou Google promet de se différencier par rapport à la concurrence, c’est en mobilisant deux ressources clés : sa maîtrise de l’OS mobile et la puissance de Google Search. Google dispose en effet déjà des technologies nécessaires pour répondre à des questions formulées en langage naturel, il vous suffit d’en taper une dans votre barre de recherche pour vous en rendre compte. La force de frappe de Google réside principalement dans sa capacité à connaitre le contexte de l’utilisateur de son assistant : contenu de ses emails via GMail, rendez-vous du jour via Google Calendar, historique des recherches, localisation, … Un des exemples pris par Sundar Pichai était particulièrement parlant : si un utilisateur de l’assistant se trouve devant le Cloud Gate (une sculpture au look de haricot située à Chicago), il pourra demander directement « qui a sculpté ceci ? » sans même mentionner le sujet de sa requête. Grâce à sa connaissance de la localisation de l’utilisateur, Google Assistant pourra directement donner la bonne réponse. Google fait la pari que grâce à cette maîtrise du contexte, son assistant parviendra à mieux anticiper les besoins des utilisateurs et donc d’être plus pertinent.

Google Home

Comme l’avait révélé plus tôt dans la journée le New York Times, Google a donc annoncé Google Home, un appareil capable de répondre à des requêtes formulées à l’oral dans un langage naturel, qui vient concurrencer directement le dispositif Echo d’Amazon. Le Google Home prend la forme d’une petite enceinte (« aux basses riches et aux aigus clairs »), discrète et compacte, au design personnalisable. Elle permet de poser des questions à Google Assistant, et dispose de fonctionnalités multimédias qui lui autorisent le lancement d’un morceau de musique sur une ou plusieurs enceintes, ou encore de demander l’affichage d’une vidéo sur un téléviseur, puisqu’elle peut communiquer avec un Chromecast. Elle peut réaliser de simples requêtes comme la programmation d’une alarme, mais peut également envoyer un SMS à votre place, ou encore faire office de centrale domotique dans votre foyer, en contrôlant la lumière, les interrupteurs ou les thermostats compatibles. Google Home ne repose pas uniquement sur les services du géant de Mountain View, mais également sur ceux de partenaires déjà nombreux parmi lesquels Uber, Pandora, Spotify, WhatsApp, entre autres. Et Google de préciser que bien d’autres usages seraient disponibles au lancement de son produit, plus tard dans l’année.

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Google Allo

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Google Allo fait grandement penser à un ersatz de WhatsApp. Cette application de chat est associée à votre numéro de téléphone et vous permet de chatter avec vos amis, créer des groupes… Allo introduit tout de même quelques nouveautés, quoique anecdotiques comme la possibilité de pouvoir agrandir ou réduire la taille du texte de votre réponse vous permettant de transmettre une émotion par la taille du texte. L’élément le plus original, ce sont les réponses prédictives, grâce à l’analyse des conversations. Machine learning et IA, encore, Google Allo propose ainsi à l’utilisateur des réponses pré-rédigées qui tiennent également compte du contexte.
De plus, la sécurité et le respect de la vie privée étant une préoccupation montante des services de messagerie et de leurs utilisateurs, Google Allo propose un mode incognito qui vous permet, à la manière d’un onglet de navigation privée dans Chrome de passer sous les radars avec une conversation cryptée end-to-end.

Surtout, s’ajoute à Allo l’intégration de Google Assistant. En effet celui-ci est inclut dans Allo et vous permettra dans un groupe ou dans un chat de réserver un restaurant, voir le trailer d’un film, etc. Il est également possible de démarrer un chat avec Google Assistant directement pour lui poser toutes les questions que vous souhaitez.

Google Duo

L’autre application dédiée à la communication est Duo, une application qui permet de faire des conversations vidéo. Google a mis l’accent sur l’accessibilité pour rendre l’application utilisable par tous, quelles que soient la taille de votre écran, de votre bande passante etc. Mais la fonctionnalité la plus originale de Google Duo est Knock Knock : lorsque quelqu’un vous appelle, vous avez d’abord une preview de l’appel en cours vous permettant de savoir à l’avance qui vous appelle sans être vu, à la manière d’un judas sur une porte.

 

Android Wear 2.0

Android Wear va connaître une mise à jour majeure. Cette mise à jour permettra principalement d’utiliser des Standalone-Apps. En clair, votre montre ne va désormais plus avoir besoin de votre téléphone pour faire fonctionner les applications. Vous pourrez maintenant courir et laisser votre téléphone chez vous, votre montre vous permettra de connaitre le nombre de km parcourus, utiliser les capteurs comme elle le faisait avant pour monitorer votre course mais également écouter de la musique via spotify ou juste utiliser n’importe quelle application disponible sur votre montre. Ce qui est intéressant c’est que l’effort pour les développeurs pour porter son application est quasi nul. C’est le SDK qui va gérer si votre montre doit communiquer avec le téléphone ou au contraire utiliser le wifi car le téléphone est absent.

Android Wear 2.0 introduit également un clavier ainsi qu’une reconnaissance d’écriture pour permettre d’écrire des SMS ou d’utiliser une application de chat.

Daydream

Alors que les annonces allaient bon train sur la sortie d’un casque de réalité virtuelle par Google, il n’en fut rien. En lieu et place, nous avons eu droit à l’annonce de la création de la plateforme Daydream. Le but de cette plateforme est de réunir tous les facteurs pour que la VR soit rendue de manière optimale. Pour ce faire, Daydream s’appuie sur 3 axes :

  • Les téléphones compatibles ayant les bons capteurs (gyroscope, …) et les bons écrans.
  • Le casque et le contrôleur avec la publication de spécifications autour d’un casque et une démonstration du contrôleur vue par Google.
  • Les applications avec un store dédié aux applications de VR.

Bien qu’un peu décevante, la démonstration du contrôleur nous montre malgré tout que Google travaille activement sur la VR avec ses partenaires. Google reste donc dans sa logique habituelle en se lançant pas directement dans la production de hardware mais en fournissant OS et services pour donner des guidelines au marché. Il ne nous reste plus qu’à attendre pour voir les premiers casques suivant les spécifications de Google prendre corps.

 

Firebase

Firebase est une plateforme gratuite de google permettant aux développeurs d’implémenter leur backend. Firebase contient une base de données, un storage, un crash reporting et un cloud messaging et tout cela avec des APIs simples à utiliser pour aider les développeurs à se concentrer sur l’essentiel.
Cette année Google annonce donc des nouveautés sur Firebase pour continuer à aider les développeurs en ajoutant entre autres le Firebase Analytics. Ce qui est vraiment étonnant avec Firebase c’est la possibilité de faire énormément de choses et tout cela gratuitement, soulignant la volonté de Mountain View de continuer à fédérer un grand nombre de développeurs au sein de ses écosystèmes.


Android N

Android N apporte également son lot de nouveautés : le multi-window et picture in picture pour les Android TV. Vient avec le multi window la possibilité de faire du drag and drop entre deux applications. et la possibilité pour les développeurs d’ajouter des quick settings. Un nouveau compilateur permettant aux développeurs de réduire le poids des APK et surtout l’annonce du Contraint Layout et un éditeur pour designer vos applications basées sur ce nouveau Layout. La promesse de l’équipe d’Android est qu’il est plus rapide et plus performant. L’ensemble sera packagé avec Android studio 2.2.

Moins technique et très attendue du point de vue utilisateur, l’autre nouveauté concernant Android ce sont les Instant Apps. En effet Android permet maintenant de lancer une partie de l’application depuis le web sans avoir à l’installer, vous profitez ainsi de tout le support natif qu’une application peut avoir sans avoir à installer l’application. Et si votre application utilise l’authentification via Google, vous êtes automatiquement authentifié et vous pouvez même procéder au paiement via Google Pay.

En conclusion cette dense keynote de Google I/O, Sendar Pichai le CEO de Google nous a parlé du machine learning et de l’avancement des travaux de Google dans la reconnaissance d’image, de vidéo… ainsi que des avancés de l’Intelligence Artificielle chez Google via le projet Tensor Flow. Il a ensuite parlé du projet Google Cloud Platform, pour permettre à tous d’accéder à l’ensemble de ses avancées technologiques. On peut noter également l’ouverture des APIs de reconnaissance visuelle et vocale.

Notre analyse

C’est la première Google I/O depuis la réorganisation d’Alphabet, et la séparation des activités liées à la recherche, à Android et aux services associés sous l’égide de Google d’une part et les autres activités d’autre part. C’est pourquoi nous n’avons pas eu notre dose habituelle de projets d’anticipation à l’image des fameux moonshots.

On a même l’impression que Google singe la concurrence avec des services qui viennent se calquer sur les succès d’Amazon Echo (Google Home) ou de WhatsApp (Google Allo). Google chercherait-il à s’étendre tous azimuts sur les sujets en vogue ? Certes, certains services donnent l’impression d’avoir été calqués et développés dans l’urgence. C’est d’ailleurs une première pour une Google I/O : pratiquement aucun des services annoncés n’est encore disponible.

Mais la stratégie poursuivie par Google semble néanmoins cohérente. Lorsque Google avait lancé Android, ce n’était pas pour en faire un business en soi, mais pour permettre d’éviter la désintermédiation sur mobile du business originel de Google : la recherche, et les revenus publicitaires qui vont avec. Il semble que la plupart de services annoncés hier par Google visent à garder la main sur ce qui constitue désormais le nerf de la guerre : la compréhension et l’interprétation du contexte de l’utilisateur. Le machine learning et l’intelligence artificielle sont au cœur de la plupart de ces nouveautés.

Et il se pourrait bien que Mountain View, malgré ce relatif retard à l’allumage côté produit, dispose d’un sérieux avantage stratégique pour s’imposer à l’avenir et maintenir sa position dominante : son expertise en intelligence artificielle et en machine learning. Tous les produits Google intègrent depuis des années déjà de tels éléments, et la culture de l’entreprise a toujours été orientée autour de l’utilisation des mathématiques appliquées pour résoudre des problèmes complexes. A cela s’ajoute la gigantesque quantité de data que Google a à sa disposition. Et bien souvent, l’élément qui va permettre de rendre une IA performante, ce n’est pas tellement la façon dont elle est conçue, mais la quantité de données qu’on va pouvoir lui soumettre pour qu’elle s’entraîne et s’améliore. Et à ce jeu de la quantité de données et la capacité à en tirer de la valeur, il serait bien inconsidéré d’enterrer Google trop tôt.