Ce matin, Edouard, notre creative developer préféré, oublie chez lui sa Moto360. Et là, c’est le drame. Le pauvre homme se sent totalement démuni, diminué et désemparé. Il erre depuis, telle une âme en peine dans les couloirs du Lab, regrettant l’absence de ce compagnon qui n’est pourtant entré dans sa vie il y a seulement quelques mois.

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Cette anecdote (à peine) exagérée, illustre néanmoins la manière dont les montres connectées pourraient s’imposer dans notre quotidien.
Une situation qui peut sembler paradoxale, tant les démonstrations des constructeurs peinent encore à convaincre un grand public rendu sceptique par l’absence d’effet wahou. Même Apple, qui a pourtant bien ménagé ses effets dans la phase de pré-lancement de l’Apple Watch ne semble pas encore provoquer de réel engouement du grand public. Il est vrai que comparée à un smartphone, forcément plus puissant, avec un écran plus grand, et plus de fonctionnalités, la smartwatch pourrait donner l’impression d’un retour en arrière.
En outre, elle ne présente pas de « killer » fonctionnalité ou d’expérience supplémentaire qui démontrerait implacablement sa plus-value. A la différence notable de la mesure du rythme cardiaque et autres variables biométriques, la montre connectée n’offre rien qu’un téléphone un tant soit peu évolué ne puisse faire. C’est une expérience essentiellement complémentaire du celle du smartphone, dont elle est d’ailleurs dépendante pour la plupart des modèles.

Mais voilà, il est fort probable que la montre connectée soit promise à un grand avenir à moyen et long terme. C’est en tout cas ce que prêchent nombre d’experts et cabinets de conseil, dont Le Lab partage ici l’avis.

La tentation est donc grande pour les marques et les entreprises d’entrer dans la danse en proposant applications et services dédiés aux montres connectées. Une tentation que nous ne pouvons qu’encourager. Il y a en effet là un important gisement de valeur ajoutée à offrir aux consommateurs à condition que les attentes des utilisateurs,  les spécificités de la montre connectée et le bon sens soient respectés.

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« Our most personal device yet ». C’est ainsi que Tim Cook introduisait à juste titre l’Apple Watch. Comme le mobile (et contrairement à la tablette ou au PC) la montre connectée est un device ultra individuel. Mais en plus, elle colle littéralement à la peau et ne quitte presque jamais son possesseur. Nul besoin de fouiller ses poches, de chercher où on l’a posée, elle est pratiquement toujours accessible et visible, de soi comme des autres. Comme son ancêtre la montre « classique », elle est donc l’outil du coup d’œil furtif et de l’accès instantané.
Du point de vue de l’accès à l’information, la montre connectée est un peu au smartphone ce que la montre-bracelet est à la montre gousset.

Notifier
Autrement dit l’usage le plus évident, c’est la notification. Certains prédisent qu’après un web du pull, c’est à dire de la consultation, nous nous dirigeons vers un web du push.  La montre en est de ce point de vue la plus flagrante incarnation. Bien sûr, pour que la notification ne se transforme pas en spam et n’empiète pas sur l’espace vital (most personnal device yet oblige),  elle se doit d’être désirée, attendue, ou a minima pertinente. Dans le duo smartphone/watch, l’application doit être ainsi pensée pour optimiser la contextualisation et le rôle de chacun.

La notification peut inviter à une action de réponse simple. La taille de l’interface limitant les actions possibles, il s’agit d’offrir des choix basiques. A la réception d’une information, il s’avère intéressant de pouvoir la consulter (tap), la classer pour plus tard (swipe droit), ou l’effacer (swipe gauche).
L’utilisation de gestes simples limitant l’intervention de menus est ainsi recommandée.

Interagir
Mais surtout les « connected wearables », la montre en tête, devrait s’imposer au travers de l’interaction avec l’environnement de l’utilisateur. Le premier élément de cet environnement, c’est d’abord le mobile. Dans le cas cité précédemment de l’information notifiée, s’il s’agit d’un long mail ou d’un visuel de grand format par exemple, un simple geste sur la montre pour qu’il s’affiche directement sur l’écran plus confortable du téléphone sans autre manipulation s’avère particulièrement adéquat.
L’environnement connecté de l’individu et de sa montre ne se limite bien évidemment pas au seul smartphone. Il va s’étendre progressivement à l’ensemble des objets connectés qui vont immanquablement se multiplier.
La montre va ainsi devenir une sorte de télécommande universelle, dans la mesure où ces actions sont, là encore, sources de fluidification du quotidien.

Authentifier
Parmi ces interactions, les plus intéressantes se basent sur l’identification de l’individu (most personal device yet, encore et toujours). C’est le cas du déverrouillage des serrures connectées, des accès sécurisés, et bien sûr du paiement. Autrement dit, la montre a le pouvoir de débarrasser des encombrants pass, clés, cartes de crédit et autres tickets qui encombrent nos poches.
Là encore, la montre se pose comme facilitatrice du quotidien.

Compléter
La montre vient donc compléter l’écosystème des devices à écran :
– la TV ou le projecteur pour une consultation passive, individuelle ou collective;
– l’ordinateur ou la tablette pour une consultation active individuelle éventuellement à deux;
– le smartphone pour l’interaction instantanée interpersonnelle et la consultation en mobilité;
– la montre pour les micro interactions et la consultation basique ou encore situation d’urgence.
L’appareil adéquat à une situation donnée dépend donc de la taille de l’écran et des contrôles possibles. La montre correspond aux plus simples.
En somme, les usages qui vont s’imposer sur la montre connectée devraient être les plus furtifs, les plus répétitifs et donc les plus inconscients.

Monitorer
On l’a dit plus haut, les capteurs permettant de calculer le rythme cardiaque constitue l’atout distinctif des montres comme de la plupart des wearables connectés. Il n’empêche qu’à l’usage on estime que ces devices devraient plutôt servir à capter ces datas qui seraient ensuite consultés, analysés et agrégés via un autre support.

Habiller
C’est là le dernier point et surtout la plus grosse inconnue quant à l’adoption de ces montres par le grand public. En débauchant l’année dernière Angela Ahrendts la patronne de Burberry, Apple a lancé un signe fort au marché en prévision de ce lancement. Le chapitre watch du keynote a d’ailleurs consacré plus de temps à son aspect et à ses matériaux qu’à ses fonctionnalités. Une montre, toute connectée soit elle n’est pas un appareil technologique comme les autres. C’est un accessoire de mode. C’est un objet qui se doit d’être esthétique, pour soi comme pour les autres. L’aspect général du boîtier a donc son importance, de même que celui du bracelet, pour lequel un marché connexe devrait voir le jour. Cela laisse également à penser que l’écran même de la montre, en mode passif, devrait lui aussi devenir un nouveau territoire d’expression. Boucles vidéos ou animations de type écran de veille, il y a fort à parier que les utilisateurs seront en attente de contenus pour cet espace de personnalisation, un peu à la manière des sonnerie de portables en leur temps.

La montre est un signe d’expression de soi. La montre connectée nous fait gagner du temps. On comprend en tout cas déjà un peu mieux pourquoi Edouard ne peut déjà plus se passer de celle quitte désormais plus son poignet.

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