En ce premier jour du Web Summit 2016 à Lisbonne, c’est à Facebook que revenait l’honneur d’ouvrir le bal. Il est vrai qu’en présentant sa roadmap à 10 ans, basée sur le triptyque Connectivité / Intelligence artificielle / Réalité virtuelle, le géant de Menlo Park couvre à lui seul une grande partie des thématiques qui seront développées par l’ensemble des speakers et startups présentes à Lisbonne.

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Et de ces trois thématiques, c’est indubitablement l’intelligence artificielle qui est la plus présente dans les intitulés des conférences et dans les pitchs des startups. C’est aussi le point le plus longuement développé sur scène par Mike Schroepfer, CTO de Facebook. S’il a commencé sa démonstration par une prudente remarque sur le fait que les systèmes d’intelligence artificielle sont actuellement « cools et utiles, mais pas vraiment intelligents en dehors de tâches spécifiques », il a cependant illustré la très forte accélération de celle-ci avec l’exemple du Style Transfer. Il s’agit d’une nouvelle fonctionnalité que Facebook est en tout juste en train de déployer sur son application principale (pour l’instant uniquement en Irlande et bientôt aux Etats-Unis) et qui permet d’appliquer en live des filtres « arty » (à la manière de peintres célèbres ou autres effets de style) sur des vidéos prises avec son smartphone. Ainsi, un utilisateur pourra s’il le souhaite »vangoghifier » une vidéo, le tout en temps réel, afin de donner un peu de cachet à ses vidéos de vacances.

 

C’est en gros ce que faisaient déjà des applications à succès telles que Prisma sur des photos. Mais dans le cas de Prisma, il s’agissait de prendre une photo, de choisir le filtre puis de laisser le téléphone travailler quelques secondes pour ensuite découvrir le résultat. Il s’agit ici de réaliser le même travail sur un flux vidéo HD, le tout en temps réel. C’est donc un avancement majeur qui a été accompli, le tout en quelques mois à peine : les tous premiers papiers académiques sur le Style Transfer datent d’août 2015. En mars 2016, des progrès significatifs ont été réalisés. Puis, grâce à des supercalculateurs, la phase d’apprentissage de l’intelligence artificielle a été opérée. Cela a permis de générer les modèles algorithmiques, qui peuvent désormais tourner sur le smartphone du commun des mortels.

D’autres speakers se font également l’écho de cette accélération de l’intelligence artificielle à l’image d’Antoine Blondeau de Sentient Technologies, dans une intervention intitulée Scaled AI solves the world’s most complex problems. Selon lui, nous allons connaître plus d’innovation dans les 20 prochaines années que dans les 1000 précédentes. Plus précisément les 10 PhD qui sont par exemple à l’origine des années de recherches ayant permis les exploits d’AlphaGo pourraient tout bonnement être remplacés par 1 stagiaire et 3 mois de travail à un horizon de 2 ou 3 ans. Ce gap peut sembler difficile à concevoir, mais c’est parce que nous entrons dans une phase où c’est l’intelligence artificielle qui est elle-même capable de designer de l’intelligence artificielle. C’est l’outil qui créé lui-même ses propres outils. Blondeau prend pour exemple les travaux réalisés par ses équipes en collaboration avec des chercheurs du MIT ( Open Agriculture). Ils ont créé un protocole expérimental pour étudier les facteurs qui permettent aux plantes de pousser plus rapidement et d’améliorer ainsi les rendements. Grâce à des capteurs mesurant et agissant sur de nombreux paramètres (lumière, humidité, acidité des sols, etc.), ils ont pu accumuler une énorme quantité de données et sont parvenus à sélectionner rapidement les meilleures variétés de plante. L’être humain a mis des millénaires à réaliser ce travail, l’IA permet de décupler la rapidité du processus. Antoine Blondeau est convaincu que le même phénomène va toucher les entreprises et les met ainsi en garde : « voulez vous que votre business évolue à vitesse humaine ou qu’il passe à la vitesse des machines ? »

La startup du jour : Craft.ai
Pour illustrer cette tendance de l’invasion de l’intelligence artificielle nous avons choisi aujourd’hui de vous parler de Craft.ai, une startup de la French Tech qui propose, comme l’anticipait d’ailleurs Kevin Kelly, de l’AI as a service. L’idée est d’apporter leur solution d’intelligence artificielle à tout un ensemble de cas d’usage : assistant virtuel, IoT, applications, etc. Craft.ai travaille par exemple avec une entreprise du secteur de l’énergie pour analyser les données issues des multiples capteurs placés dans des batiments, et permettre ainsi de mieux en gérer la consommation énergétique.